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Journal de bord de Stan

 

Le 5 mai à 19h, ça y est, nous voilà en train de larguer les amarres du port de Ponta Delgada aux Açores pour notre navigation direction Bordeaux. 

Je vous écris ces premières lignes en mer.

C’est moi qui écrivais les premiers journaux de bord qui doivent dater d’il y a presque 2 ans maintenant, et c’est donc avec un peu d’émotion et beaucoup de souvenirs que j’écris un des derniers. 

Pour cette navigation, les conditions météo sont assez particulières, les vents s’annoncent très changeants en force et direction dans les prochains jours, pas facile de savoir quelle trajectoire prendre. 

Nous avons fait appel à 3 personnes pour nous aider parce qu’il y a un petit enjeu sur cette navigation, plus que sur les autres. Notre routeur habituel a répondu présent alors qu’il est en vacances, et 2 autres personnes qui nous suivent de près depuis le début ont très rapidement accepté de nous aider pour cette ultime traversée, merci à eux !

 

Enjeux de la navigation :

Puisque nous visons d’arriver à Bordeaux le 18 mai à 15h, il nous faudrait « idéalement » rejoindre le port de Royan vers le 15 (au début de l’estuaire de la Gironde) pour avoir un peu de marge avant notre arrivée, histoire d’avoir une vraie nuit de sommeil, nettoyer le bateau, effectuer les derniers bricolages, et finaliser l’organisation de notre semaine à Bordeaux qui va être très chargée. On pourrait le cas échéant arriver dans l’estuaire de la Gironde 1 ou 2 jours plus tard vers le 16 ou 17, mais il faut aussi garder en tête qu’il y a de très forts courants sur la Garonne qui nous imposent un rythme de navigation, et nous avons aussi de fortes contraintes logistiques (places de ports et de pontons réservés sur la Garonne depuis des mois, et plus important encore, passage sous le pont Chaban-Delmas le 19 matin qui va s’ouvrir rien que pour nous pour notre accueil au ponton d’honneur de Bordeaux…grande fierté !). Bref la marge de manœuvre est très fine.

 

Sachant que la distance Açores -> Royan en route directe est de 1200 Milles Nautiques, et que la vitesse moyenne du bateau est de 5 Nœuds (cad 5 Milles Nautiques par heure), alors en partant le 5, on devrait en théorie bien arriver 10 joru plus tard le 15/05 à Royan.

Mais ça, c’est si on ne descend pas en dessous de 5 nds, et qu’on peut parcourir les 1200 MN en route directe. Vous l’aurez compris ça n’est pas du tout le cas, et à l'heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore si nous allons y parvenir. 

La météo indique de très grandes zones sans vent, et les zones de vent sont pour le moment incertaines et bougent beaucoup. Le vent ne nous permet pas de naviguer en route directe vers Royan, ce qui signifie qu’on va devoir parcourir plus de distance. Il faut donc aller plus vite que 5 nds pour tenir notre planning, ce qui est faisable…si nous avons du « bon » vent. 

En secours, nous avons aussi le moteur, mais on n'est pas sûr à 100% de la réparation, et nous n’avons de toutes façons pas assez d’essence pour parcourir toute la zone sans vent sur notre route.

 

C’est pour cette raison que nous avons fait appel à plusieurs personnes pour nous aider et voir avec eux quelle est la route optimum à prendre : à terre ils ont plus de matériels, de données, et de connaissances pour nous aider à trouver la meilleure route. 

 

De notre côté, on doit leur faire confiance, régler au mieux les voiles pour faire avancer le bateau le plus vite possible, et improviser quand les conditions qu’on rencontre ne correspondent pas exactement à celles annoncées sur les fichiers météo. 

 

Nous allons donc alors devoir redoubler d’efforts et de patience lors des prochains jours. 

 



Jour 1 message de Stan

 

 Pour le moment nous avons de super conditions ! Un bon vent et très peu de houle, donc le bateau n'est pas ralenti, on avance très bien. On en profite, parce que devant nous une grosse zone sans vent approche, on risque de la répéter, mais on a hâte d'arriver, et de tous vous retrouver. C'est le premier jour de notre dernière navigation, on commence déjà à se remémorer les souvenirs. Ambiance nostalgie à bord.

 

Jour 2 message de Clément 

 

Ça souffle bien, on a entre 18 et 24 nœuds de vent avec une houle d'1 m 1.5 m environ. Ces conditions de travers nous ont permis de battre notre record de vitesse sur 24 h car on a parcouru 178 mn contre 168 pour le dernier record au début de la transat aller

On devrait avoir ça encore une journée et demie puis on rentrera dans la pétole.

L'équipage va bien et le bateau aussi !

 

Jour 3 message de Francesco

 

Vitesse moyenne 7nd " Encore une journée où l'on a bien avancé, le temps est bien gris mais on a du vent pour le moment donc on ne va pas se plaindre ! La météo s'annonce compliquée, on essaye de se positionner au mieux pour négocier le Gascogne comme il faut et arriver à temps à Bordeaux ! On risque d'être dans la pétole d'ici ce soir, ça va être moins fun. Hasta pronto. 




 

Jour 4 message de Martin

 

Bonjour, Super réveil ce matin avec un grand soleil et un ciel bleu. Nous avons dû mettre le moteur cette nuit car il n'y a plus de vent. Hier nous avons vu des baleines au loin. Et cette nuit nous avons traversé des grands tapis de plancton fluorescent. C'était magnifique ! 

La pétole devrait durer 48h.

 

Jour 5 message de Stan

 

On est en super forme, on a eu une belle pétole hier, l'heure de se doucher pour L'équipage. L'océan est très calme et le vent revient doucement, ça y est on a fait plus de la moitié de la navigation. On en profite pour faire sécher nos affaires, et avancer sur la préparation de notre arrivée à Bordeaux.

 

Entre le jour 4 et 5, nous n’avons pratiquement pas eu de vent. 

Jusqu’ici, on adaptait notre route au jour le jour parce que les conditions bougeaient beaucoup. Mais à ce moment-là, on commençait à y voir plus clair, de forts vents étant prévu entre le 14 et le 15 mai. 

Nos routeurs commencent à nous expliquer qu’on risque de passer un moment pas très agréable. Il fallait aussi se renseigner sérieusement sur notre entrée dans l’estuaire, le vent prévoyait de créer une houle d’environ 3 mètres, c’est beaucoup mais on a l’habitude. En revanche, ce que l’on apprend c’est que dans le chenal d’entrée de l’estuaire, 3 mètres de houles se transforment en 5 mètres de vagues déferlantes, c’est tout de suite moins drôle. 

Nos routeurs se renseignent pour en apprendre davantage, de notre côté on contacte un pilote de Bordeaux (le métier de pilote consiste à monter à bord et conduire les bateaux de plus de 50 mètres qui entrent et sortent de l’estuaire pour se rendre au port autonome de Bordeaux, l’itinéraire n’est pas facile, ils connaissent la Gironde et la Garonne par cœur) à qui nous demandons quelques conseils sur la meilleure façon d’entamer cette étape dans ces conditions. 

 

Voilà son premier message :

En règle générale par mauvais temps d'ouest Passage de la barre de jour. Engainer le chenal en flot 3 heures après la basse mer de cordouan. Fermer les écoutilles panneaux et porte de descente. Portez vos brassières et attachez-vous. Si vent faiblard gardez de la vitesse avec assistance du moteur. Scabreux au-delà de 3 mètres. Les vagues les plus mauvaises se rencontrent vers le couple 4-5 ça s'améliore franchement après 6-7 Je suis au bureau de régulation du trafic ce week- end Je laisserai des consignes au collègue qui me remplacera.

 

On en avait eu d’autres du même style, de quoi être rassuré haha. 

Ce que l’on a vite compris c’est que plus vite on arrivait, plus le vent et la houle seraient cléments. 

Mais difficile de mettre les bouchées doubles quand il n’y a pas de vent. On fait tout de même au mieux pour arriver le plus tôt possible. On comprend que l’on va rencontrer des épreuves jusqu’au derniers jours de notre aventure. 

À ce moment-là, le moral reste bon, on arrive à dormir quelques heures, et on est galvanisé par notre retour et l’envie de retrouver amis et famille. 

On se remémore chaque jour des histoires ou anecdotes qui nous sont arrivées, on a l’impression que c’était il y a des années alors que seulement quelques mois nous séparent de notre départ. 

On se connaît maintenant parfaitement, jusqu’au petit tic ou manière de réagir. 

 

Jour 6 message de Clément 

 

Toujours pas beaucoup de vent aujourd'hui ça devrait s'améliorer d'ici quelques heures. Gros sujet depuis hier, c’est le passage entre l'océan et l'estuaire de la Gironde qui va être technique car beaucoup de vent est prévu, avec de la houle. Si le courant est de face, ça peut vite faire de grosses vagues. On a de la chance d'être en contact avec une personne qui travaille en tant que pilote dans l'estuaire et qui connaît ses effets par cœur. Il nous a donné pleins de conseils et les horaires pour passer sans danger. La personne a même prévenu ces collègues qui seront sur l'eau à notre arrivée, c'est quand même génial la solidarité des marins :) ! 

 

On a profité des conditions calmes pour faire un prélèvement de micro plastique. Ces derniers temps, on a beaucoup de mal à trouver des occasions pour en faire. 

Soit les conditions ne nous le permettent pas, trop de houle, ou vent trop fort. 

Soit il y a beaucoup d'algues, ou méduse. 

Si l’une de ces choses entre dans notre filet, l’échantillon sera non valide, car les algues sont toxiques, et les méduses vont altérer le résultat avec leur matière organique. 

Ça n’a pas manqué, notre filet s’est retrouvé rempli de dizaines de minuscules méduses bleu électrique, alors qu'à l'œil nu on n’en voyait aucune sur l’eau. 

Ces dernières semaines, on navigue à travers des champs de “méduses à voile”, on en croise des milliers jours et nuits ce qui nous empêche de faire des prélèvements alors que les conditions nous le permettent. 

 



Jour 7 message de Francesco 

 

Notre idée de compenser notre vitesse avec le moteur, lors de vent faible nous a donné raison. La météo à 48h est assez fiable, on devrait arriver avant le gros de la dépression et avant que la houle ne se lève trop. Point négatif, on va finir avec des acouphènes avec le brrrrrrrr du moteur... On vise d'être devant la passe du Verdon, en face du phare de Cordouan, ce mardi à 7h pour avoir la meilleure fenêtre et enfin de retrouver dans la Gironde. Ça va faire tout drôle de naviguer tous les 4 avec Five dessus, on s'est connu en naviguant sur ce fleuve ! La fenêtre météo compliquée me stressait un peu mais là, on a pris de l'avance donc on souffle un peu avant de se faire un peu tabasser demain histoire d'arriver en forme !

 

Ces derniers jours, on s’approche de plus en plus des côtes Espagnoles et Françaises, c’est excitant. Ça devient aussi un slalom entre les cargos, on en croise de plus en plus, et souvent de très près. La nuit c’est assez impressionnant, avec les feux de navigation de chaque navire et la nuit noir, on a du mal à se rendre compte des distances qui nous sépare. 

Heureusement certains de nos instruments de navigation nous permettent de les repérer en avance. 

Parmi ceux que nous avons croisés ces dernières 24h, il y avait un magnifique bateau en bois à 3 mâts, et la nuit un navire à passager de plus de 300 mètres, vu de loin se sont de réelle ville flottante qui éclaire tout le ciel, au moins on ne peut pas les rater. 

 



Avec de bons réglages de voiles, et aidé par le moteur, on arrive à rester devant les forts vents qui sont juste derrière nous. 

On a même pris de l’avance ce qui est inespéré. On n'y croyait pas trop mais on va pouvoir prendre la marée de la veille au soir pour pouvoir rentrer dans l’estuaire avant le vent qui arrivera seulement dans la nuit, donc beaucoup plus en sécurité. 

Dans mes premières lignes de ce journal de bord, je n’étais même pas sûr qu’on arrive à temps, aujourd’hui on en voit le bout avec 36h d’avance sur le programme initial. 

Attention ça n’est pas fini et le plus dur reste à venir, l’entrée dans l’estuaire ne reste pas facile, une fois à l’intérieur le nuit sera tombée, il faudra encore aller jusqu’au port pour s’amarrer. 

De nuit avec du vent, du courant, des bancs de vase et des obstacles, ce n'est pas si facile. 

 

Jour 8 message de Martin 

 

Bonjour, toujours en mode super rapide avec voile et moteur pour éviter une tempête. On devrait arriver à l'entrée de l'estuaire de la Gironde vers 21h et on devrait arriver au port à minuit. On a passé la nuit avec des dizaines de dauphins, entendre leur cri nous a un peu empêché de dormir. Hâte de voir de l'eau marron !

 

Ça y est nous y sommes, l'entrée dans l'estuaire s’est bien passée, on est arrivé au port vers minuit. Quelle excitation d'être de nouveau en France, et à seulement quelques kilomètres de chez nous, sur le fleuve ou nous nous sommes tous les 4 rencontrés.

Il nous reste maintenant 3 jours avant notre arrivée officiel à Bordeaux qui signera la fin de notre projet !

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